Voici une question intéressante et que j’avais envie de traiter depuis longtemps, projet sans cesse repoussé faute de temps et d’une actualité chargée.

Je participe régulièrement à des meet up autour de la cryptomonnaie. J’y entends très souvent des âneries sur les règles fiscales applicables aux cryptomonnaies, la plus grosse d’entre elles étant probablement la question de l’application de la TVA.

Oui, l’achat d’un bien ou service avec de la cryptomonnaie est une opération soumise à la TVA.

N’en déplaise aux irréductibles libertariens.

Pierre PIERSON, auteur du rapport sur les cryptomonnaies ayant inspiré le nouveau régime fiscal des plus values sur cessions d’actifs numériques, est favorable à la disparition de la Taxe sur la Valeur Ajoutée pour les cryptos.

Mais en l’état des textes, la TVA est toujours applicable à une exception près.

Exonération de TVA lorsque la crypto n’a vocation qu’à être une monnaie d’échange (et encore)

L’opération consistant à échanger une monnaie virtuelle contre une devise est exonérée de Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) depuis l’arrêt de la CJUE Skatteverket c/ David Hedqvist du 22 octobre 2015.

Dès lors, toutes les transactions sur devises, billets et monnaies ayant cours légal peuvent être qualifiées d’opérations de change et bénéficier de l’exonération de TVA prévue par la directive européenne.

Cependant la Cour de Justice considère que

« la devise virtuelle  »Bitcoin »ne constitue ni un titre conférant un droit de propriété sur des personnes morales ni un titre d’une nature comparable.

On comprend qu’est fait le distinguo entre les cryptos conférant un droit de toute nature d’une part, et les cryptos qui sont des moyens de paiement stricto sensu.

C’est toute la problématique actuelle du développement de la tokenisation, dont la première étape essentielle consiste à donner son exacte qualification au token afin de connaître la fiscalité qui lui sera applicable.

Toujours est-il que la crypto utilisée dans le cadre d’une simple opération de change bénéficierait d’une exonération de taxe sur la valeur ajoutée pour ce type d’opérations.

J’utilise le conditionnel car l’arrêt de la CJUE ne raisonnait que sur le seul Bitcoin, qui a un statut très particulier dans l’univers des cryptomonnaies.

En revanche les opérations d’échange de crypto contre un produit ou service sont assujetties

L’utilisation d’une crypto pour l’achat d’un bien ou d’un service est en réalité un échange de flux de TVA:

  • une livraison de biens meubles incorporels qui s’analyse en une prestation de services
  • une vente de biens meubles ou de prestations de services.

Il ne s’agit plus, dès lors, d’une prestation de service de change (d’une devise), mais d’une prestation de service de paiement (d’un bien ou d’un service).

Dès lors que cette opération est réalisée avec l’objectif d’en tirer des recettes ayant un caractère régulier, c’est une opération soumise à taxe sur la valeur ajoutée.

En d’autres termes, tout particulier ou personne morale qui effectue régulièrement des échanges de cryptos contre des biens ou des services devrait être assujetti à la TVA sur le montant total converti en euros au jour de la vente.

Et les échanges entre crypto?

Tout crypto étant un bien meuble incorporel, et son échange étant dès lors une prestation de services au sens de l’article 256 IV du Code Général des Impôts, il s’agit de savoir s’il y a opération de change (exonérée) ou opération de service de paiement (soumise à TVA).

La logique voudrait qu’on y voit une opération de change dans sa finalité (la conversion de deux monnaies virtuelles selon un taux de change déterminé par un cours alternatif).

C’est cette position qui est adoptée par le nouveau régime des plus values de cessions d’actifs numériques, introduit par le Projet de loi de finances pour 2019.

A compter du 1er janvier 2019, les échanges entre cryptomonnaies ne sont plus imposés. Seule la conversion en devises est fait générateur de l’impôt.

Attention cependant, car la conversion en devises intervient dès rapatriement dans le compte détenu au sein de la plateforme de conservation ou de trading.

En janvier 2019, une commission spéciale a émis quelques recommandations pour modifier le régime des plus values sur cessions d’actifs numériques. Il est notamment recommandé de placer le fait générateur de la plus-value au rapatriement des gains de cessions sur le compte bancaire, ce qui parait plus logique.

A suivre, donc.

 

 

Maître Marina CARRIER est Avocat fiscaliste spécialisé dans la fiscalité des cryptomonnaies et de la Blockchain. Notre cabinet conseille les particuliers investisseurs et les entreprises en optimisation fiscale.

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