La fiscalité du Bitcoin et plus si affinités

Le cabinet CARRIER vous invite à découvrir la vidéo réalisée par Cointips et Maître Olivier MARTIN.

Cointips propose des formations en investissements sur crypto actifs et sa chaîne Youtube regorge de vidéos ludiques et passionnées.

Maître MARTIN est Avocat fiscaliste partenaire de notre cabinet, inscrit au barreau de Toulouse et Expert en fiscalité des crypto actifs.

Flat tax pour les cryptos en 2019?

Le 8 octobre 2018, Eric WOERTH a déposé un amendement visant à compléter le projet de loi de finances pour 2019. Il s’agit d’appliquer aux gains sur cryptos le Prélèvement Forfaitaire Unique de 30% (Flat tax) réservé aux revenus du capital. Cela va-t-il pour autant suffire à créer un environnement juridique sécurisant pour les investisseurs? 

Les cryptos soumises à un taux de prélèvement plus avantageux

Cet amendement concerne précisément l’article 150 0A II du Code Général des Impôts :

Le II de l’article 150‑0 A du code général des impôts est complété par un 9 ainsi rédigé :
« 9. Au gain net retiré de la cession d’un actif numérique visé à l’article L. 549‑25 du code monétaire et financier, directement ou par le biais d’un prestataire de services sur actifs numériques. “

En d’autres termes, il est soumis au vote de l’Assemblée la soumission des gains sur crypto actifs à au Prélèvement Forfaitaire Unique de 30%.

Si le régime fiscal du PFU est plus avantageux du strict point de vue du taux d’imposition, cela ne résout pas pour le moment la difficulté de détermination des plus-values sur cryptos.

Une détermination des plus-values sur cryptos toujours incertaine

Les lecteurs réguliers de mon blog connaissent ma position sur le régime des plus-values sur cession de biens meubles. Il s’agissait pour le Conseil d’Etat de raisonner à partir de la qualification juridique de biens meubles incorporels attribué aux cryptos par le fisc. Néanmoins ce régime n’est absolument pas adapté aux actifs fongibles, ce qui pose d’énormes difficultés pour évaluer le prix d’acquisition et le prix de cession lors d’un trading.

Le régime des plus-values de cessions sur biens meubles est, certes, utilisé pour les gains sur change de devises. Cependant une devise repose sur un cours légal qui permet de déterminer sa valeur en fonction d’un indice intangible. Tandis que les crypto actifs s’échangent sans aucun cours légal sur des plateformes qui fixent leur propre taux de change.

Pierre PERSON, qui travaille actuellement avec Eric WOERTH sur un rapport commandé par le Parlement concernant la fiscalité des cryptos, a déclaré le 2 octobre :

On se dirige en effet vers l’introduction du prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30% sur les plus-values réalisées sur les cryptomonnaies. Je pense également qu’il faut un deuxième régime pour ceux qui ne sont pas en mesure de prouver le prix d’acquisition. Il sera calculé sur l’intégralité du prix de cession, un peu à la manière de ce qui se pratique pour l’or. Concernant le trading entre cryptomonnaies, l’investisseur aura deux possibilités : soit il justifiera chacune des plus-values et les soumettra au PFU, soit il n’en sera pas capable et sera soumis à un forfait lors du transfert en euros.

Cette solution permettrait effectivement d’apporter de la sécurité juridique aux investisseurs et de créer (enfin) un environnement économique français attractif.

Il reste donc à préciser les contours de l’application de la flat tax pour les cryptos, si l’amendement n°1255 est voté. Rien n’est encore définitif à ce stade.

Maître Marina CARRIER est Avocat fiscaliste spécialisé dans la fiscalité des cryptomonnaies et de la Blockchain. Notre cabinet conseille les particuliers investisseurs et les entreprises en optimisation fiscale.

L’achat d’un bien ou d’un service avec des cryptos est-il soumis à la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) ?

Voici une question intéressante et que j’avais envie de traiter depuis longtemps, projet sans cesse repoussé faute de temps et d’une actualité chargée.

Je participe régulièrement à des meet up autour de la cryptomonnaie. J’y entends très souvent des âneries sur les règles fiscales applicables aux cryptomonnaies, la plus grosse d’entre elles étant probablement la question de l’application de la TVA.

Oui, l’achat d’un bien ou service avec de la cryptomonnaie est une opération soumise à la TVA.

N’en déplaise aux irréductibles libertariens.

Pierre PIERSON, auteur du rapport sur les cryptomonnaies ayant inspiré le nouveau régime fiscal des plus values sur cessions d’actifs numériques, est favorable à la disparition de la Taxe sur la Valeur Ajoutée pour les cryptos.

Mais en l’état des textes, la TVA est toujours applicable à une exception près.

Exonération de TVA lorsque la crypto n’a vocation qu’à être une monnaie d’échange (et encore)

L’opération consistant à échanger une monnaie virtuelle contre une devise est exonérée de Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) depuis l’arrêt de la CJUE Skatteverket c/ David Hedqvist du 22 octobre 2015.

Dès lors, toutes les transactions sur devises, billets et monnaies ayant cours légal peuvent être qualifiées d’opérations de change et bénéficier de l’exonération de TVA prévue par la directive européenne.

Cependant la Cour de Justice considère que

“la devise virtuelle ”Bitcoin”ne constitue ni un titre conférant un droit de propriété sur des personnes morales ni un titre d’une nature comparable.

On comprend qu’est fait le distinguo entre les cryptos conférant un droit de toute nature d’une part, et les cryptos qui sont des moyens de paiement stricto sensu.

C’est toute la problématique actuelle du développement de la tokenisation, dont la première étape essentielle consiste à donner son exacte qualification au token afin de connaître la fiscalité qui lui sera applicable.

Toujours est-il que la crypto utilisée dans le cadre d’une simple opération de change bénéficierait d’une exonération de taxe sur la valeur ajoutée pour ce type d’opérations.

J’utilise le conditionnel car l’arrêt de la CJUE ne raisonnait que sur le seul Bitcoin, qui a un statut très particulier dans l’univers des cryptomonnaies.

En revanche les opérations d’échange de crypto contre un produit ou service sont assujetties

L’utilisation d’une crypto pour l’achat d’un bien ou d’un service est en réalité un échange de flux de TVA:

  • une livraison de biens meubles incorporels qui s’analyse en une prestation de services
  • une vente de biens meubles ou de prestations de services.

Il ne s’agit plus, dès lors, d’une prestation de service de change (d’une devise), mais d’une prestation de service de paiement (d’un bien ou d’un service).

Dès lors que cette opération est réalisée avec l’objectif d’en tirer des recettes ayant un caractère régulier, c’est une opération soumise à taxe sur la valeur ajoutée.

En d’autres termes, tout particulier ou personne morale qui effectue régulièrement des échanges de cryptos contre des biens ou des services devrait être assujetti à la TVA sur le montant total converti en euros au jour de la vente.

Et les échanges entre crypto?

Tout crypto étant un bien meuble incorporel, et son échange étant dès lors une prestation de services au sens de l’article 256 IV du Code Général des Impôts, il s’agit de savoir s’il y a opération de change (exonérée) ou opération de service de paiement (soumise à TVA).

La logique voudrait qu’on y voit une opération de change dans sa finalité (la conversion de deux monnaies virtuelles selon un taux de change déterminé par un cours alternatif).

C’est cette position qui est adoptée par le nouveau régime des plus values de cessions d’actifs numériques, introduit par le Projet de loi de finances pour 2019.

A compter du 1er janvier 2019, les échanges entre cryptomonnaies ne sont plus imposés. Seule la conversion en devises est fait générateur de l’impôt.

Attention cependant, car la conversion en devises intervient dès rapatriement dans le compte détenu au sein de la plateforme de conservation ou de trading.

En janvier 2019, une commission spéciale a émis quelques recommandations pour modifier le régime des plus values sur cessions d’actifs numériques. Il est notamment recommandé de placer le fait générateur de la plus-value au rapatriement des gains de cessions sur le compte bancaire, ce qui parait plus logique.

A suivre, donc.

 

Maître Marina CARRIER est Avocat fiscaliste spécialisé dans la fiscalité des cryptomonnaies et de la Blockchain. Notre cabinet conseille les particuliers investisseurs et les entreprises en optimisation fiscale.

Tokens, Initial Coin Offering (ICO) et loi PACTE

Bruno LEMAIRE a affiché son ambition de transformer la France en leader dans le domaine des nouvelles technologies, pour renforcer son attractivité auprès des investisseurs et favoriser le développement de la Fin tech française.

Le projet de loi relatif à la croissance et à la transformation des entreprises (loi « PACTE »), a été présenté en Conseil des Ministres le 18 juin et sera examiné à l’Assemblée Nationale le 12 septembre.

C’est l’objectif affiché de ce projet de loi, qui vise à « relever un défi majeur, celui de la croissance des entreprises, à toute phase de leur développement, pour renouer avec l’esprit de conquête économique », en amorçant « une transformation du modèle d’entreprise français pour l’adapter aux réalités du 21e siècle ».

C’est une évolution qui était souhaitée par l’ensemble des acteurs français du secteur.

Depuis quelques années on assiste à une régulation des pratiques de la Blockchain qui avance à petits pas.

L’ordonnance du 8 décembre 2017 prise en application de la loi du 9 décembre 2016 avait déjà défini le terme de « dispositif d’enregistrement électronique partagé » pour qualifier juridiquement la Blockchain, et consacré son utilisation dans le système monétaire et financier.

Depuis, l’année 2018 a apporté plus de confusion que de réponses avec l’arrêt du Conseil d’État du 26 avril et sa petite révolution fiscale.

C’est l’article 26 de la loi PACTE qui nous intéresse plus particulièrement puisqu’il prévoit la création d’un régime juridique pour les Token et ICO.

Dans le cadre d’une consultation publique, l’Autorité des Marchés Financiers avait proposé trois options de régulation aux principaux acteurs de l’économie numérique :

1)    Se contenter d’un guide de bonnes pratiques

2)   Appliquer aux ICO le régime existant des IPO (Initial Public Offering) du système financier traditionnel

3)   Établir un corpus de règles propres aux ICO

C’est cette dernière option qui avait été plébiscitée.

Manifestement, le projet de loi PACTE a tenu compte de cette consultation sans en tirer toutes les conclusions.

Voici ce que nous dit le préambule :

« L’article 26 est relatif à la création d’un régime français des offres de jetons. Les » offres initiales de jetons » (« Initial Coin Offering » ou « Initial Token Offering » en anglais), c’est-à-dire les levées de fonds via un dispositif d’enregistrement partagé (notamment au moyen de la technologie dite « blockchain » ou « chaîne de blocs ») via l’émission de « jetons » numériques, se sont développées de manière spectaculaire au cours de l’année 2017. Cet essor dynamique, conforté sur les premiers mois de l’année 2018, traduit l’attrait de ce nouveau mode de financement et d’investissement, en particulier au sein de l’écosystème blockchain mais, plus largement, pour les entreprises innovantes qui souhaitent attirer de nouvelles catégories d’investisseurs ou de clients, selon des modalités inédites.

Ces opérations échappent néanmoins pour l’instant à un cadre juridique clair, dans la mesure où, au regard du droit français et du droit européen, les « jetons » ainsi émis peuvent être qualifiés juridiquement de différentes manières selon leurs caractéristiques propres. En particulier, la plupart de ces jetons ne répondent pas aux éléments de définition des titres financiers. Cette situation a pour avantage de laisser libre cours à l’innovation. Elle a néanmoins pour inconvénient de mettre sur le même plan tout type d’émetteur et de projet, sans fournir aux souscripteurs de jetons des moyens suffisants pour distinguer les offres sérieuses de celles abusives, et les acteurs qui mettent en œuvre des diligences en matière d’information, d’identification et de connaissance du client, de ceux qui ne respectent aucune règle.

Dans l’attente de règles européennes et internationales, nécessaires sur ces sujets par nature transnationaux, il apparaît souhaitable, pour mieux protéger les acquéreurs de jetons et les porteurs de projets « légitimes », de permettre à l’AMF de délivrer un visa aux acteurs qui souhaiteraient émettre des jetons destinés notamment au marché français pour le financement d’un projet ou d’une activité, sous réserve qu’ils respectent certaines règles de nature à éviter des abus manifestes et à informer et protéger l’investisseur. L’AMF se verrait ainsi confier le soin d’examiner les documents élaborés par les émetteurs de jetons en amont de leur offre (« white paper »). Elle pourrait en outre exiger que les émetteurs se dotent d’un statut de personne morale établie ou immatriculée en France, mettent en place un mécanisme de séquestre des fonds recueillis, ou tout outil d’effet équivalent, et un dispositif d’identification et de connaissance du client. Les acteurs ainsi labellisés figureraient sur une « liste blanche », sur laquelle l’AMF communiquerait auprès du grand public, qui identifierait les acteurs qui respectent ces règles et leur fournirait un gage important de respectabilité auprès des souscripteurs. Les jetons présentant les caractéristiques d’un titre financier resteraient néanmoins soumis au régime de l’offre au public de titres financiers. »

Comme nous allons le voir en analysant plus en détail les divers volets de ce projet de loi, celui-ci oscille avec plus ou moins d’efficacité entre l’intégration au régime existant et l’établissement de règles indépendantes.

Une définition attendue des Token et ICO

Pour rappel, dans l’écosystème Blockchain un Token (jeton) désigne un actif numérique possédant une double propriété :

–      Il est transmissible, tout comme une cryptomonnaie classique, par un dispositif d’enregistrement électronique Partagé (en d’autres termes, la Blockchain)

–      Il attribue à son détenteur des droit sur un bien ou un service détenue par l’émetteur du jeton, ce qui le différencie d’une cryptomonnaie « classique ».

A l’heure actuelle, seule la cryptomonnaie a fait l’objet d’une définition légale dans une instruction fiscale de juillet 2014. Il s’agit juridiquement d’un bien meuble incorporel, ce qui ne va pas sans créer plusieurs difficultés sur le plan fiscal. Notamment depuis l’arrêt du Conseil d’État qui est intervenu en avril 2018, et qui fixe un nouveau régime obligatoire pour les gains occasionnels en considération de cette définition juridique.

Après l’entrée en vigueur de la Loi PACTE, qui devrait intervenir à la fin de l’année, le Token sera défini à l’article L 552-2 du Code Monétaire et Financier comme « tout bien incorporel représentant, sous forme numérique, un ou plusieurs droits, pouvant être émis, inscrits, conservés ou transférés au moyen d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé permettant d’identifier, directement ou indirectement, le propriétaire dudit bien ».

La définition choisie est donc celle d ‘« actif incorporel », terme comptable désignant une ressource immatérielle dont l’existence se justifie par les droits qu’il confère à son propriétaire.

Or l’actif incorporel est supposé être clairement identifiable indépendamment de son détenteur, : il s’agit en général des marques, des brevets, ou du fonds de commerce détenus par une personne.

S’il est possible de créer des Token non fongibles avec le protocole ERC 721, la grande majorité des Token sont créés par l’intermédiaire du protocole standard ERC 20, fongibles et donc interchangeables sans pouvoir être identifiés les uns des autres.

On peut regretter que le législateur n’ait pas choisi de qualifier les Token de titres financiers, plus particulièrement de valeurs mobilières, devenues fongibles avec la dématérialisation, mais autrefois individualisées.

Cela aurait non seulement permis de simplifier le régime normatif, par assimilation au régime existant de l’offre au public de titres financiers (les ICO étant les IPO next generation). Mais surtout cela aurait ouvert la voie vers le régime des plus-values sur valeurs mobilières en lieu et place du régime des plus-values sur biens meubles, ce dernier étant inadapté à la pratique du trading.

A la lecture de la synthèse communiquée par l’AMF à l’issue de sa consultation, on comprend que cette qualification aurait été rejetée en raison d’une improbable dichotomie entre :

–      Les Security Token qui seraient assimilables à des titres financiers, c’est à dire que la contrepartie consiste au droit à une partie des bénéfices, dans la perspective d’un rendement financier,

–      Les utility Token, dont la contrepartie consiste en l’accès, parfois futur, à un service ou un bien dont le Token servira à financer le développement., ou à un droit de vote.

C’est une conception critiquable et critiquée (voir à ce sujet l’article de Hervé CAUSSE), dans la mesure où un titre financier n’est pas nécessairement le vecteur d’un droit sur une créance de somme d’argent.

En outre la notion de « valeur mobilière » n’est pas juridiquement définie en droit français ou européen, sa « valeur » pouvant dès lors porter tant sur des droits de toute nature, qu’ils soient de créance, de vote, de consommation…

La définition de l’Initial Coin Offering, au futur article L 552-3 du Code Monétaire et Financier, appelle moins de commentaires car elle est plus traditionnelle :

« Une offre au public de jetons consiste à proposer au public, sous quelque forme que ce soit, de souscrire à des jetons. Ne constitue pas une offre au public de jetons l’offre de jetons ouverte à la souscription par un nombre limité de personnes, fixé par le règlement général de l’Autorité des marchés financiers, agissant pour son propre compte. »

On remarque que le législateur prévoit une exemption pour les offres ouvertes en deçà d’un certain seuil, ce qui va favoriser la croissance des SAFT (Simple Agreement for Future Token). Les SAFT sont des contrats d’investissement qui permettent d’ouvrir des offres de Token à des investisseurs triés sur le volet, dans le but de contourner la règlementation de la Security and exchange Commission (SEC).

Il conviendra d’attendre de connaître la position de l’AMF afin de savoir quel est le seuil minimum pour qu’une levée de fonds entre dans la qualification d’offre au public.

En effet dans le cadre de ce nouveau régime, l’accent est mis sur l’Autorité des Marchés Financiers qui se voit attribuer de nouvelles attributions

Un contrôle entériné mais facultatif

Dans la pratique, les professionnels du droit conseillaient aux porteurs de projets de transmettre leur White Paper à l’Autorité des Marchés Financiers pour solliciter son avis sur la conformité de leur Initial Coin Offering.

Il était donc souhaitable et souhaité, de ratifier cette pratique et c’est ce que le projet de loi PACTE met en place, de façon néanmoins paresseuse.

Il est prévu à l’article L 552-4 du CMF, qu’en amont de leur offre au public, les émetteurs « peuvent solliciter un visa » de l’AMF qui se verra communiquer « un document destiné à donner toute information utile au public sur l’offre proposée et sur l’émetteur ».

La loi PACTE entérine donc la pratique du White Paper, qui s’est généralisée au sein de toutes les ICO pour rassurer les investisseurs.

L’émetteur de l’offre devra également offrir des garanties sur « le suivi et la sauvegarde des actifs recueillis dans le cadre de l’offre ».

Cependant force est de constater que le visa de l’AMF n’ayant pas un caractère obligatoire, il s’agit donc plus d’une certification que d’une procédure d’agrément.

Même s’il y a fort à parier que la grande majorité des émetteurs souhaiteront s’y soumettre afin de donner de la crédibilité à leur projet.

Le contrôle de l’AMF sera réalisé à priori, les communications promotionnelles et garanties devant lui être communiquées avant le lancement officiel de l’ICO.

Il est à noter que l’article L 552-5 réserve la possibilité d’obtenir le visa aux seules personnes morales ayant leur siège social ou un établissement en France.

Un premier pas inabouti

Avec la loi PACTE, le gouvernement espère protéger les investisseurs contre les abus et éviter une fuite des capitaux français dans le domaine des nouvelles technologies et de la FinTech.

Sur le premier objectif, force est de constater que le législateur s’est montré quelque peu frileux en donnant au visa de l’AMF un caractère non obligatoire.

Il est à noter que dans un avis du mois de juin 2018, le Conseil d’Etat a souligné que la loi PACTE serait nécessairement appelée à évoluer avec la pratique.

Quant au second objectif, il est dommage que le gouvernement n’ait pas compris que l’attractivité de la France repose avant tout sur un régime fiscal cohérent et non dissuasif.

Il aurait été plus logique de commencer par poser les bases d’une réglementation fiscale adaptée à la typologie actuelle des cryptoactifs et à la pratique des investisseurs.

Marina CARRIER

Avocat

Droit de la Blockchain

Fiscalité des cryptommonaies

Pour toute demande de RDV ou de consultation juridique personnalisée, le cabinet répond dans les meilleurs délais par mail à l’adresse suivante : contact@marina-carrier-avocat.fr

Blockchain et Règlement général sur la protection des données (RGPD)

Le RGPD est entré en vigueur à partir du 25 mai 2018. Le développement des Blockchain peut-il être compatible avec cette nouvelle règlementation européenne, qui vise à renforcer les droits des usagers en matière d’utilisation de leurs données personnelles ?

La technologie Blockchain est une technologie de registre partagé (Distributed Ledger Technology) destinée à remplacer tous les tiers de confiance et reposant sur deux fonctionnalités :

1)    Permettre la transmission d’informations via un répertoire de données incorruptible et irréversible

2)    Permettre de conserver la tracabilité de ces informations.

Avec l’entrée en vigueur du RGPD, il est essentiel de s’interroger sur la compatibilité de cette technologie avec la protection des données personnelles, d’autant plus qu’il n’existe pas une Blockchain mais des Blockchain dont la mise en œuvre peut être protéiformes (privée, semi-privée, publique).

La Blockchain publique est un registre ouvert à tous les participants, sans possibilité de restriction pour la vérification et validation des données, le processus décisionnel se faisant par consensus de la majorité des acteurs du réseau.

A contrario, la Blockchain privée est un registre où les participants sont séléctionnés pour la vérification et la validation des données, le processus décisionnel se faisant par consensus d’acteurs prédéfinis et prélimités.

Une blockchain semi-privée pourra proposer une architecture plus ouverte que la Blockchain privée mais ses principes de fonctionnement seront les mêmes que ceux de la Blockchain privée.

D’ores et déjà, il est évident que les enjeux relatifs à la protection des données sont différents.

Les difficultés posées par la Blockchain publique

Contrairement à une idée reçue, l’anonymat sur la Blockchain publique n’est pas nécessairement intégrale du fait de la cryptographie asymétrique.

 Certes, l’adresse publique est générée par le portefeuille sans que son propriétaire n’ait besoin de révéler ou démontrer son identité.

Néanmoins l’ensemble de ses transactions peut être suivi et retracé sur la Blockchain publique, puisque c’est justement l’intérêt même de la DLT.

Il est ainsi possible de reconstituer l’historique complet de transactions d’un utilisateur de la Blockchain, voire même de remonter jusqu’à son identité par le biais de son adresse IP traçable.

Dans le cas d’un traitement de données soumises à l’application du RGPD, celui-ci prévoit que le responsable des traitements doit mettre en œuvre des mesures appropriées pour démontrer que le traitement est conforme.

Dans le cas de la Blockchain publique, une difficulté se pose immédiatement : qui est responsable ?

On pourrait admettre que la majorité des acteurs d’une Blockchain publique vote pour la désignation d’un délégué à la protection des données.

Mais dans le cas contraire, qui serait sanctionné ?

A l’heure actuelle, la décentralisation de la Blockchain publique a pour conséquence de rendre inapplicable les dispositions du RGPD.

En d’autres termes, aucune protection des données échangées ne peut être garantie autrement que par la confiance en la technologie des registres distribués.

En outre, le RGPD prévoit un droit à l’effacement de ses données personnelles, ce qui est en totale contradiction avec la technologie Blockchain.

En effet, celle-ci repose sur l’irréversibilité des données transcrites dans la chaine des blocs validés par les participants.

La conformité des Blockchain privées

Pour ce qui est des Blockchain privées, celles-ci sont justement utilisées en tant que registre de traçabilité de données pour un secteur bien particulier (banque, chaine de production, éducation, …).

Les acteurs de ce registre sont identifiés et possèdent en général divers niveaux d’accréditation pour la vérification et la validation. La désignation d’un responsable de traitement et d’un délégué à la protection des données est donc possible et indispensable.

Le responsable de traitement aura plusieurs missions :

1)    Définir le risque de la conservation des données pour les droits des personnes considérées et mesurer son impact

2)    Sécuriser les données et avertir immédiatement la personne concernée en cas de violation de ces données

Dans le cas d’une Blockchain privée, le responsable de traitement devra donc veiller à ce que les données transitant par le registre soient sécurisées et qu’il est impossible de reconstituer l’identité des personnes en procédant à des recoupements.

Le délégué à la protection des données est la personne désignée pour mettre en œuvre les mesures techniques de protection et de conservation, notamment la tenue d’un registre détaillé sur les activités du traitement.

La Blockchain ayant pour fonctionnalité principale de permettre la tenue d’un registre infalsifiable et distribué, cela ne devrait pas poser de difficultés techniques.

Concernant le droit à l’effacement des données, cette obligation peut être mise en œuvre dans une Blockchain privée contrairement à la Blockchain publique, avec quelques aménagements.

Il faudrait alors reconstruire la chaine de blocs en supprimant la donnée dont l’effacement est demandé, ce qui n’est possible que lorsque le consensus n’est pas décentralisé.

Cependant, cela risque à l’avenir de poser quelques difficultés d’ordre technique.

Dans un rapport publié en 2016, l’Open Data Institute estime que la technologie Blockchain ne permet pas l’effacement d’une donnée ou l‘intervention sur les nœuds du réseau sans risquer des dommages affectant l’ensemble de la chaine. En effet, le risque serait de devoir effacer le bloc entier comprenant la donnée ou de conserver des données endommagées, ce qui est aux antipodes de l’objectif de traçabilité infalsifiable souhaité.

Dès lors, il parait compliqué d’obliger le responsable du traitement à la mise en œuvre du droit à l’effacement par décision de justice. Le droit à l’effacement devant nécessairement être mis en balance avec la nécessité de la finalité du traitement des données.

En conclusion, il existe plusieurs difficultés d’application du RGPD au sein d’une Blockchain, quel que soit son protocole. Il faut néanmoins tempérer en rappelant que l’entrée en vigueur du RGPD est très récente, et que la pratique ainsi que les avancées technologiques viendront probablement résoudre la plupart de ces questions.

Maître Marina CARRIER

Avocat en droit des affaires et droit du numérique 

Conseil en fiscalité et implémentation Blockchain, cryptomonnaies et ICO

Vous êtes en cours de développement d’un projet autour de la Blockchain publique? Vous souhaitez mettre en place une Blockchain privée pour les besoins de votre secteur d’activité? 

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Fiscalité des crypto-monnaies : tout comprendre pour bien déclarer

Vous avez investi dans les cryptomonnaies?

Alors vous avez dû suivre attentivement les différentes péripéties fiscales de ces dernières années concernant les crypto actifs.

Le cas de la France n’est pas isolé. La fiscalité des cryptomonnaies (ou monnaies virtuelles) est un sujet épineux dans de nombreux pays.

Heureusement, notre pays a fini par se doter d’un régime légal qui, imparfait, a cependant le mérite d’exister.

En effet jusqu’en 2019 la fiscalité des gains sur cryptomonnaies a oscillé entre plusieurs régimes. Bénéfices non commerciaux, bénéfices industriels et commerciaux, plus-values de cessions …

Bonjour l’insécurité juridique!

La loi de finance pour 2019 a remis un peu d’ordre dans tout cela. Elle a surtout eu le mérite de poser un cadre fiscal cohérent avec la nature des monnaies virtuelles. Au contraire de la décision du Conseil d’Etat qui était intervenue le 26 avril 2018.

La période de déclaration fiscale arrivant à grands pas, je vous propose quelques éclaircissement pour vous aider à y voir plus clair.

Tout d’abord, il faut savoir que les gains doivent être pris année par année car les changements ne sont pas rétroactifs.

Et oui, la fiscalité des cryptomonnaies c’est comme un biscuit Viennetta : plus on creuse et plus il y a de couches!

 

Bien évidemment, cet article est à visée informative et ne se substitue pas aux conseils personnalisés d’un avocat spécialisé en fiscalité des cryptomonnaies. Autant s’éviter les pénalités et un redressement fiscal à cause d’une déclaration erronée…

 

La fiscalité des cryptomonnaies : pas si simple de s’y retrouver

 

Quelle est la définition légale de la cryptomonnaie?

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la cryptomonnaie n’est pas une monnaie au sens légal du terme.

 En application du Code monétaire et financier, la seule monnaie ayant un pouvoir libératoire est l’euro. Pour plus de détails, je vous renvoie à mon précédent article (Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la cryptomonnaie).

Il a fallu attendre le projet de loi PACTE pour avoir une première définition de la monnaie virtuelle (ou crypto monnaie, ou crypto actif) dans son article 26.

Finalement, la loi PACTE n’est toujours pas entrée en vigueur contrairement à la loi de finances pour 2019, qui donne également une définition  intéressante dans le cadre du nouveau régime des “plus-values sur cession d’actifs numériques”.

Pour le projet de loi PACTE, un crypto actif serait

tout bien incorporel représentant, sous forme numérique, un ou plusieurs droits, pouvant être émis, inscrit, conservés ou transférés au moyen d’un dispositif d’enregistrement éléctronique partagé permettant d’identifier, directement ou indirectement, le propriété dudit bien“.

Il n’est pas certain qu’un crypto actif ait vraiment vocation à “identifier son propriétaire” (mais c’est un autre débat : Token, Initial Coin Offering et loi PACTE).

Mais surtout, cette définition est celle des “jetons numériques ” (Tokens) émis dans le cadre des “levées de fonds numériques ” (ICO).

Or, beaucoup (dont l’auteure de ces lignes) sont nombreux à penser que le Token est une catégorie bien particulière de crypto actif.

La question était donc de savoir, au moment de la publication de cet article 26, si cette définition allait s’appliquer à tout actif numérique.

La loi de finances pour 2019, elle, opère une distinction nette entre “jeton” (Token) et “cryptomonnaie”.

Ainsi, la définition du Token du projet de loi PACTE est reprise à l’identique dans la loi de finances.

La cryptomonnaie, en revanche, est définie comme

“toute représentation numérique d’une valeur qui n’est pas émise ou garantie par une banque centrale ou par une autorité publique, qui n’est pas nécessairement rattachée à une monnaie ayant cours légal et qui ne possède pas le statut juridique d’une monnaie, mais qui est acceptée par des personnes physiques ou morales comme un moyen d’échange et peut être transférée, stockée ou échangée électroniquement”.

 

Pourquoi c’est si compliqué de définir un régime fiscal pour les cryptomonnaies?

En réalité, c’est compliqué de donner un cadre juridique, quel qu’il soit, aux cryptomonnaies.

C’est un enjeu majeur des nouvelles technologies qui évoluent plus vite que le droit. C’est d’ailleurs une problématique récurrente concernant la Blockchain.

Toute la problématique du régime fiscal des cryptomonnaies est de savoir précisément ce qu’est une cryptomonnaie. Or, la cryptomonnaie évolue selon les usages qu’on en fait.

Un temps moyen alternatif de paiement (Bitcoin) sans être une monnaie, elle est devenue instrument de spéculation (Altcoins), puis instrument financier (Token).

Nous l’avons vu, la cryptomonnaie est donc un actif numérique. Cela va être important pour la suite.

 

La fiscalité des cryptomonnaies : du bénéfice à la plus-value

 

Les régimes fiscaux ont évolué mais uniquement concernant les gains occasionnels sur les cryptomonnaies.

Les gains réguliers sont TOUJOURS imposés au titre des bénéfices industriels et commerciaux.

 

Pour les gains occasionnels antérieurs au 26 avril 2018

Le régime fiscal applicable au Bitcoin et autres cryptomonnaies était fixé par une instruction fiscale du 11 juillet 2014, laquelle a été partiellement annulée par le Conseil d’Etat dans un arrêt du 26 avril 2018.

Je vous propose pour simplifier, ce tableau comparatif qui permet de mieux comprendre les nouveautés introduites par cet arrêt:

Instruction fiscale de 2014 Arrêt du Conseil d’Etat de 2018
Achat/vente occasionnel Régime des Bénéfices non commerciaux  Régime des plus-values sur cessions de biens meubles
Achat/vente régulier Régime des Bénéfices industriels et commerciaux Régime des Bénéfices industriels et commerciaux
Minage occasionnel ne distingue pas (donc BNC) Régimes des Bénéfices non commerciaux
Minage régulier ne distingue pas (donc BIC) Régime des Bénéfices industriels et commerciaux 

 Comme on le constate, l’apport de l’arrêt porte essentiellement sur deux points:

  1. la distinction entre l’activité d’achat/ vente et le minage : le gain issu de l’achat/revente d’une cryptomonnaie est analysé comme une plus-value, tandis que le gain tiré de l’activité de minage est analysé comme un revenu;
  2. l’application d’un régime spécifique aux gains issus de l’achat/ revente de cryptomonnaies : ce gain étant analysé comme une plus-value et la cryptomonnaie étant définie par défaut comme un bien meuble incorporel, le régime applicable est celui des plus-values de cessions sur biens meubles.

Beaucoup de confrères fiscalistes ont sauté au plafond à l’annonce de ce changement.

C’était à mon sens une hérésie.

Certes, la taxation au titre du régime des plus-values est forfaitaire (et non progressive comme à l’impôt sur le revenu).

Elle peut faire l’objet d’abattements, ce qui profitera aux “holders”.

Mais quelle usine à gaz! Ce régime se révélait, certes, profitable aux professionnels du droit qui pouvaient facturer très cher le calcul des plus-values.

Car pour les contribuables qui ne se sont pas contentés d’acheter 2 bitcoin en 2014, c’était un casse-tête sans nom.

En outre, et comme je l’avais écrit à l’époque, c’était un régime calqué sur le régime existant pour les plus-values sur cessions de devises (Les gains sur cryptomonnaies et le régime des plus ou moins values).

Or, celles-ci reposent sur un cours légal, ce qui n’est pas le cas des cryptomonnaies!

Pour les gains occasionnels à compter du 26 avril 2018

Les plus-values mobilières sont régies par l’article 150 UA du Code Général des Impôts. Il s’agit des plus-values réalisées par les particuliers :

  • dans le cadre de la gestion de leur patrimoine privé
  • à l’occasion de la cession de biens meubles, à l’exclusion des cessions de valeurs mobilières et droits sociaux et des cessions de métaux précieux, bijoux, objets d’art, de collection ou d’antiquité, qui sont soumises à un régime spécifique.

Depuis l’arrêt du Conseil d’Etat du 26 avril 2018, cette catégorie comprenait également les plus-values générées par l’achat et la revente occasionnelle de cryptomonnaies.

Ces plus-values sont soumises à l’impôt sur le revenu au taux de 19 %, majoré des prélèvements sociaux. Ce qu’il faut retenir pour ce régime :

  1. toutes les plus-values dont le prix de cession est inférieur à 5000 euros sont exonérées
  2. par le jeu d’un abattement de 5% par année de détention au delà de la 2e année, les plus-values sont exonérées au bout de 22 ans.

Chaque plus-value non exonérée doit faire l’objet d’une déclaration via le formulaire 2048 M dans le mois de la cession.

 

Attention cependant : pour les gains réalisés avant le 26 avril 2018, vous bénéficiez encore du choix entre le régime des BNC et le régime des plus-values. S’il est toujours conseillé de faire appel aux services d’un expert en fiscalité, c’est d’autant plus vrai cette année pour que votre déclaration soit réalisée en fonction de votre situation personnelle.

 

Les échanges entre cryptomonnaies sont-ils imposables?

Dans les régimés que nous avons évoqués, sont taxés les gains sur cryptomonnaies:

  • issus d’une conversion des cryptos en monnaie fiat (devises) – dans ce cas le montant pris en compte pour le gain sera égal au montant en devises selon le taux de change au moment de la vente;
  • issue d’un échange de cryptos contre un bien – dans ce cas le montant pris en compte pour le gain sera la valeur en euros du biens acquis avec les cryptos.

En pratique, il conviendra de tenir un registre de toutes les entrées et sorties de cryptomonnaies dès leur conversion en fiat, pour chaque année civile considérée. Pour ceux qui tradent sur des plateformes en ligne, il est possible de récupérer les historiques en fichier excel pour pouvoir les retraiter plus facilement.

Les revenus issus du minage de cryptomonnaies et de l’achat/revente régulier pourront bénéficier du crédit d’impôt dans le cadre de l’instauration du prélèvement à la source à compter du 1er janvier 2019.

En revanche, il est très peu probable que les gains taxés au titre du régime des plus-values en bénéficient, car l’Administration fiscale va considérer qu’il ne s’agit pas d’un revenu récurrent. Encore un inconvénient donc, qui résulte de l’arrêt rendu par le Conseil d’Etat.

Le barème de l’impôt est fixé par l’article 197, I-1 du CGI. Il comporte différentes tranches de revenus dont chacune est frappée par un taux progressif. Il s’applique pour chaque part de revenu qui est corrigée par le nombre de parts du quotient familial.

Attention: à compter du 1er janvier 2019, ce système est remplacé par le prélèvement à la source.

 

Pour les gains occasionnels à compter du 1er janvier 2019

Le gouvernement a fini par entendre les réclamations des contribuables et des fiscalistes spécialisés en cryptomonnaies.

Ces derniers contestaient le régime des plus-values sur cessions de biens meubles.

L’une des spécificités des cryptomonnaies est de ne pas être convertible au pair au cours légal comme une monnaie au sens juridique du terme. Une cryptomonnaie est convertie en devise selon le taux de change fixé par les “broker” en fonction de l’offre et de la demande. Il est donc extrêmement fluctuant.

La loi de finances du 28 décembre 2018 est donc revenue sur la position adoptée par l’administration fiscale et le Conseil d’Etat.

Le nouveau régime des plus-values de cession d’actifs numériques est prévu aux articles 150 VH et 200 C du Code Général des Impôts.

Désormais, et à compter du 1er janvier 2019, Les plus-values réalisées par les personnes physiques fiscalement domiciliées en France, directement ou par personne interposée, lors d’une cession occasionnelle à titre onéreux d’actifs numériques sont passibles de l’impôt sur le revenu au taux de 12,8 %, outre les prélèvements sociaux au taux de 17,2%.

Il s’agit donc, ni plus ni moins, qu’une extension de la Flat Tax aux cryptomonnaies.

Les contribuables sont exonérés d’imposition lorsque la somme des prix de cession n’excède pas 305 € au cours de l’année d’imposition.

A titre indictif, la formule de calcul est la suivante :

+ ou – V = Prix de cession – (Prix d’acquisition x Prix de cession / Valeur globale du portefeuille)

Elle est à appliquer à chaque cession individuelle c’est à dire conversion en devises.

Par ailleurs, bénéficient d’un sursis d’imposition les échanges entre actifs numériques qui ne sont pas convertis en devises : cela signifie qu’ils ne seront appréhendés par l’administration fiscale qu’à l’occasion de leur conversion en monnaie fiat (euros, dollars, …).

Dans ce régime, donc, les échanges entre cryptomonnaies sont donc neutralisés.

Oui mais …

 

Fiscalité des cryptomonnaies : on peut encore mieux faire

On peut se féliciter que le gouvernement ait ENFIN décidé de neutraliser les échanges entre cryptos.

Cependant, la cession est imposable dès qu’il y a conversion en devises. C’est ce qu’on appelle le fait générateur de la taxation.

Or, cette conversion est très souvent réalisée dans le compte détenu par le contribuable sur la plateforme.

Cela signifie, donc, que les fonds convertis en devises sur les plateformes sont imposables.

C’est très problématique, car les fonds détenus sur une plateforme ne sont pas “dans la poche du contribuable” . Ce sont des fonds qu’il n’a pas encore pu appréhender, et pour lesquels il va devoir payer de l’impôt.

Mais tout n’est pas perdu!

La Commission des finances de l’Assemblée nationale a publié le 30 janvier 2019 un rapport d’information relatif aux monnaies virtuelles.

Après une présentation des crypto-actifs, la commission estime dans son rapport qu’une clarification juridique et fiscale est nécessaire afin de créer un cadre attractif en France.

Elle formule les recommandations suivantes :

  • clarifier la notion d’activité régulière dans la doctrine fiscale administrative,
  • iappliquer le régime des bénéfices non commerciaux aux contribuables réalisant des gains de façon régulière,
  • définir le seul rapatriement sur compte bancaire comme seul fait générateur de l’impôt,
  • élever l’abattement annuel à 3000 euros au lieu de 305 euros.

 

Minage et gains réguliers : une taxation établie sur la base du revenu disponible

La fiscalité des bénéfices tiré du minage, et de l’achat/revente régulier de cryptomonnaies s’apprécie en fonction du revenu disponible c’est à dire celui que le contribuable a à sa disposition.

Il y a deux “sous-régimes” possibles pour les BNC/BIC : le régime dit du “micro” (pour les contribuables en deçà de certains seuils) et le régime de la déclaration controlée / régime réel (pour les contribuables au dessus de certains seuils, ou sur option).

Dans le cas du régime micro (BNC ou BIC), les gains s’apprécient en fonction du montant des ventes réalisées (“chiffre d’affaires”), avec application d’un abattement forfaitaire.

Dans le cas des régimes au réel, les gains s’apprécient en fonction du bénéfice net (valeur de revente en devises – valeur d’acquisition, diminué éventuellement des dépenses effectuées pour l’acquisition du revenu).

Lorsque les gains (revente – achat) sont importants, il vaut donc mieux choisir l’option pour le régime micro (si les conditions de seuil sont  remplies).

Lorsque les gains sont moindres, il peut être plus intéressant d’opter pour le régime réel.

L’intérêt de la procédure de rescrit en fiscalité des cryptomonnaies

La fiscalité des bénéfices tiré du minage, et de l’achat/revente régulier de cryptomonnaies s’apprécie en fonction du revenu disponible c’est à dire celui que le contribuable a à sa disposition.

Il y a deux “sous-régimes” possibles pour les BNC/BIC : le régime dit du “micro” (pour les contribuables en deçà de certains seuils) et le régime de la déclaration controlée / régime réel (pour les contribuables au dessus de certains seuils, ou sur option).

Dans le cas du régime micro (BNC ou BIC), les gains s’apprécient en fonction du montant des ventes réalisées (“chiffre d’affaires”), avec application d’un abattement forfaitaire.

Dans le cas des régimes au réel, les gains s’apprécient en fonction du bénéfice net (valeur de revente en devises – valeur d’acquisition, diminué éventuellement des dépenses effectuées pour l’acquisition du revenu).

Lorsque les gains (revente – achat) sont importants, il vaut donc mieux choisir l’option pour le régime micro (si les conditions de seuil sont  remplies).

Lorsque les gains sont moindres, il peut être plus intéressant d’opter pour le régime réel.

En cas de doute sur la position de l’Administration fiscale par rapport à votre cas particulier, il est possible de réaliser un rescrit individuel. Il est indispensable de confier cette procédure à un avocat fiscaliste spécialisé en cryptomonnaies qui saura rédiger cette demande sans dévoiler des éléments pouvant vous porter préjudice.

La procédure de rescrit a le double intérêt, d’apporter une réponse à votre cas individuel, mais également de compléter la doctrine de l’Administration fiscale. En effet la réponse apportée, si elle est susceptible d’intéresser d’autres contribuables, est publiée au Bulletin Officiel des Finances Publiques.

Ainsi, faire appel à un avocat fiscaliste spécifiquement formé en droit des cryptomonnaies vous permet non seulement de sécuriser votre déclaration, mais de faire avancer ensemble la règlementation fiscale sur les cryptomonnaies.